Présenté comme une comédie policière française audacieuse, La Daronne avait tout pour séduire : une anti-héroïne, un univers de trafic de drogue et une promesse d’humour noir. Pourtant, le film souffre avant tout d’un problème majeur : son écriture, qui s’enferme dans les clichés les plus attendus du cinéma français grand public.
Un scénario caricatural sans prise de risque
Dès les premières minutes, le ton est donné. L’intrigue repose sur une mécanique ultra-prévisible : la femme discrète qui bascule dans le crime, découvre le pouvoir, puis s’émancipe.
Sur le papier, cette trajectoire pouvait nourrir une satire sociale mordante. Mais dans La Daronne, elle est traitée sans nuance :
- Les policiers sont naïfs ou incompétents
- Les dealers sont réduits à des archétypes folkloriques
- Les situations dangereuses deviennent prétextes à des gags faciles
On n’est jamais surpris. Chaque scène semble recyclée d’autres films policiers français plus inspirés.
Des dialogues stéréotypés et appuyés
Là où le film aurait pu briller – l’ironie, le double langage, la tension – il choisit la facilité. Les dialogues surlignent constamment ce que l’image montre déjà.
Résultat :
- Les punchlines tombent à plat
- L’humour manque de finesse
- Les échanges sonnent écrits plutôt que vécus
Cette faiblesse d’écriture empêche toute profondeur émotionnelle et réduit les personnages à de simples fonctions narratives.
Une accumulation de clichés sur le milieu du trafic
Le traitement du trafic de drogue au cinéma est ici particulièrement stéréotypé :
- Planques caricaturales
- Hiérarchies mafieuses simplifiées
- Codes visuels vus et revus
Au lieu de proposer un regard décalé ou documentaire, le film aligne les images d’Épinal du polar urbain. Même la transformation de l’héroïne en « reine du deal » semble se faire sans véritable coût moral ni psychologique.
Une fausse subversion féminine
Le film se veut aussi portrait d’une femme, portée par Isabelle Huppert, qui prend le pouvoir. Mais là encore, l’écriture reste superficielle.
Plutôt que de déconstruire les rapports de domination, La Daronne reproduit des schémas attendus :
- L’émancipation passe uniquement par l’argent
- Le pouvoir s’exprime par le déguisement et la dissimulation
- La réussite reste fantasmée, jamais questionnée
On est loin d’un véritable personnage féminin complexe dans le cinéma français.
Verdict : un potentiel gâché par une écriture paresseuse
Au final, la déception vient moins de la mise en scène ou de l’interprétation que du script lui-même.
En s’appuyant sur :
- Des archétypes usés
- Des dialogues explicatifs
- Une intrigue sans surprise
La Daronne donne l’impression de ne jamais dépasser le stade du concept. Une comédie policière française qui aurait pu être grinçante et subversive, mais qui reste enfermée dans ses clichés.


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